Dr Jeanine SOMASSE, la pharmacienne qui professionnalise la cosmétique béninoise.

PORTRAIT · ENTREPRENEURIAT · COSMÉTIQUE

Dr SOMASSE n’avait pas prévu de fonder une marque. En 2018, étudiante en pharmacie, une
coupure d’eau de la SONEB la contraint à utiliser l’eau de puits pendant plusieurs semaines.
Résultat : ses soucis de peau s’aggravent. Sa réaction fut celle d’une scientifique mais aussi d’un esprit ingénieux. Ne pouvant pas s’offrir une routine correcte et équilibrée, elle se tourne vers les DIY (gommages, masques) préparés avec la rigueur que lui a enseignée sa formation. Les résultats ont parlé d’eux-mêmes. L’envie de partager s’est imposée naturellement.
Sa sœur, déjà dans le domaine de la cosmétique, l’encourage à aller plus loin. Laportière est née de là, pas d’un business plan, mais d’une conviction : on peut faire quelque chose de sérieux avec les moyens de bord.

Des formules qui ont une raison d’être

Ce qui distingue Laportière d’une multitude de marques artisanales qui fleurissent sur le marché ouest-africain, c’est que chaque produit répond à une logique scientifique rigoureuse. Le Dr SOMASSE articule ses formulations autour des actifs de nouvelle génération (niacinamide, acide glycolique, acide tranexamique, etc) qu’elle associe à des ingrédients locaux/végétaux dont les vertus sont documentées tels que le curcuma, le charbon, le neem, etc. Pas seulement des tendances. Des choix raisonnés.

Aujourd’hui, Laportière propose plusieurs catégories de produits permettant de construire une routine complète et équilibrée, aussi bien pour le visage que pour le corps. Une entreprise qui a enregistré une croissance de 30 % de son chiffre d’affaires en 2024.

Un marché porteur, mais un terrain à conquérir

Le marché cosmétique africain pèse 3,79 milliards de dollars en 2024, avec une progression annuelle de près de 7 %. Dans la zone francophone subsaharienne, 335 millions de consommateurs attendent des produits formulés pour leurs réalités, un segment longtemps ignoré par les grandes maisons internationales. Pourtant, le terrain n’est pas encore pleinement favorable aux productions locales. En mai 2026, l’Agence Béninoise du Médicament interdisait un certain nombre de produits cosmétiques dépigmentants pour danger sanitaire, un signal fort sur les exigences de qualité à venir. Mais au-delà de la réglementation, c’est un changement de mentalité qui s’impose, nourri par un travail éducatif constant du côté de Laportière. Convaincre les consommateurs que le local peut être aussi rigoureux, aussi efficace, aussi fiable que l’importé : c’est autant un enjeu de formulation que de communication.

Passer à l’échelle sans perdre le contrôle

Depuis 2024, Dr SOMASSE travaille à faire évoluer Laportière d’une production artisanale vers une production semi-industrielle: augmenter les capacités, standardiser les processus, et poser les bases d’une expansion sérieuse dans la sous-région.
La production est passée de 6 unités par lot de produit à presque 200. L’objectif : atteindre 2
000 unités annuelles par produit. Un objectif ambitieux mais un seuil décisif pour envisager une présence régionale crédible. Pour y parvenir, la dotation en équipements industriels constitue l’étape clé. Depuis ses débuts, Laportière avance sur fonds propres uniquement, sans subvention. Une trajectoire qui force le respect et qui rend ce prochain cap d’autant plus stratégique.

Au-delà de la marque

L’ambition du Dr SOMASSE dépasse Laportière. Il s’agit, à terme, de créer un laboratoire de recherche et développement ouvert aux autres marques de cosmétiques locales, et plus largement à celles de toute la sous-région. Si les pharmaciens sont à l’origine de nombreux laboratoires dermatologiques sur d’autres
continents, pourquoi pas un équivalent béninois ? Dans une sous-région où développer une marque cosmétique locale implique encore de surmonter des obstacles liés aux équipements, au financement, à l’accompagnement et à la confiance des consommateurs, ce type de projet pourrait contribuer à faire évoluer durablement le secteur.
Le marché béninois d’abord, la sous-région ensuite. Laportière n’est pas encore officiellement exportatrice, mais les livraisons franchissent déjà les frontières. Sa fondatrice construit dans la durée, avec méthode. Ce n’est peut-être pas la voie la plus rapide mais c’est celle qui, jusqu’ici, lui a plutôt bien réussi.

La Portière · Cotonou, Bénin · @laportiere (TikTok / Instagram)

Sources : Mordor Intelligence (2024) · Setalmaa · ABMed Bénin (mai 2026)

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